{"id":392,"date":"2017-01-09T11:46:34","date_gmt":"2017-01-09T10:46:34","guid":{"rendered":"http:\/\/jdkrynen.com\/?page_id=392"},"modified":"2017-01-22T17:15:50","modified_gmt":"2017-01-22T16:15:50","slug":"1993-cinq-poemes-du-romancero-gitan","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/catalogue-des-oeuvres-du-compositeur-jean-dominique-krynen\/1993-cinq-poemes-du-romancero-gitan\/","title":{"rendered":"1993 \u2015 Cinq Po\u00e8mes du Romancero Gitan"},"content":{"rendered":"<h4>1993<br \/>\nCINQ PO\u00c8MES du ROMANCERO GITAN <span style=\"font-size: 0.8em; font-style: italic;\">de Federico Garc\u00eda Lorca 47\u2019<br \/>\npour soprano, baryton et trio piano-violon-violoncelle (en langue espagnole)<\/span><\/h4>\n<ol style=\"list-style-type: upper-roman; list-style-position: inside;\">\n<li class=\"less-margin\">Preciosa y el aire <a href=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Lorca-1-specimen.pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Adobe-PDF-Document-icon.png\" alt=\"\" style=\"margin: 0;\" \/><\/a><\/li>\n<li class=\"less-margin\">La monja gitana <a href=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Lorca-2-specimen.pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Adobe-PDF-Document-icon.png\" alt=\"\" style=\"margin: 0;\" \/><\/a><\/li>\n<li class=\"less-margin\">Romance de la pena negra <a href=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Lorca-3-specimen.pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Adobe-PDF-Document-icon.png\" alt=\"\" style=\"margin: 0;\" \/><\/a><\/li>\n<li class=\"less-margin\">Muerte de Anto\u00f1ito El Camborio <a href=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Lorca-4-specimen.pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Adobe-PDF-Document-icon.png\" alt=\"\" style=\"margin: 0;\" \/><\/a><\/li>\n<li class=\"less-margin\">San Gabriel (Sevilla) <a href=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Lorca-5-specimen.pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/jdkrynen.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Adobe-PDF-Document-icon.png\" alt=\"\" style=\"margin: 0;\" \/><\/a><\/li>\n<\/ol>\n<h5>pr\u00e9sentation<\/h5>\n<p>D\u00e9mon de la <em>mise en musique<\/em>&hellip; Comme tant d&#8217;autres j&#8217;ai os\u00e9 m&#8217;approprier, unilat\u00e9ralement et impun\u00e9ment, un chef d&#8217;\u0153uvre universel de la po\u00e9sie moderne, le temps d&#8217;y blottir la r\u00e9alit\u00e9 incertaine de mes fantasmes sonores, \u00e0 la mani\u00e8re dont un bernard-l&#8217;ermite love son corps informe, vuln\u00e9rable et p\u00e9rissable dans la conque qui l&#8217;abrite, min\u00e9rale, immortelle, merveille g\u00e9om\u00e9trique et joyau de la nature. C&#8217;est que dans l&#8217;intimit\u00e9 silencieuse qui se noue entre le lecteur et le po\u00e8te, la musique n&#8217;est plus qu&#8217;un bruit parmi d&#8217;autres, importun et futile. Mais parce que ce lecteur est musicien, chaque lecture enthousiaste et \u00e9mue le mettra au d\u00e9fi d&#8217;y mettre bon ordre, de donner une chair non au po\u00e8me mais \u00e0 ses \u00e9motions insaisissables et mort-n\u00e9es.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<p>Gu\u00e8re scolaire, tout empirique, le travail d&#8217;interpr\u00e9tation que n\u00e9cessite la mise en musique peut \u00e9clairer de fa\u00e7on particuli\u00e8re les concepts de forme, de rythme, de structure de par la mati\u00e8re vivante, &#8220;organique&#8221;, dont la musique va enrober le po\u00e8me \u2015 en cela plus efflorescence que broderie \u2015 et par laquelle elle le contraint fortement.<\/p>\n<p>En \u00e9pousant aussi \u00e9troitement que possible l&#8217;\u00e9coulement m\u00e9trique et rythmique du texte, en le distordant parfois \u2015 dans les limites de la trahison (l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une prosodie erron\u00e9e devrait terroriser tout compositeur !) \u2015 la musique op\u00e8re des choix univoques. En dotant les voyelles d&#8217;un \u00e9clat aux nuances harmoniques choisies, elle va orienter l&#8217;intelligibilit\u00e9 du texte dans un moule m\u00e9lodique d\u00e9finitif, qui devra pourtant donner \u00e0 l&#8217;auditeur, \u00e0 chaque nouvelle \u00e9coute, le sentiment d&#8217;une libert\u00e9 jaillissante, celle de l&#8217;improvisation. L\u00e0 est le point o\u00f9 jaillissent indissolublement la prosodie et la musique, d\u00e9sormais s\u00e9par\u00e9es dans une direction propre au po\u00e8te d&#8217;une part et au musicien de l&#8217;autre \u2015 ne f\u00fbt-ce que sur le plan de la m\u00e9trique, vocable qui pour nous musiciens concerne aussi l&#8217;espace \u00e0 structurer <em>entre<\/em> les paroles.<\/p>\n<p>Car si dans la partie chant\u00e9e tout semble contrainte, voie violence faite par la musique au texte, il n&#8217;en est pas de m\u00eame dans l&#8217;accompagnement instrumental qui (comme la nature par une fen\u00eatre ouverte fait irruption dans une pi\u00e8ce) donne chair \u00e0 l&#8217;inconscient \u00e9veill\u00e9 par le texte, et m\u00eame anticipera largement, tel un d\u00e9cor plant\u00e9, la dimension circonstancielle que le texte ne d\u00e9livre qu&#8217;au fur et \u00e0 mesure de la d\u00e9clamation : ambiance nocturne, solitude, h\u00e9b\u00e9tude des heures chaudes, violence, piti\u00e9, frayeur, tendresse \u00e9merveill\u00e9e.<\/p>\n<p>Effectivement il est impossible musicalement de rester \u00e0 la tra\u00eene de ce que dit le texte <em>quand et seulement quand<\/em> il le dit, car <span style=\"text-decoration: underline;\">le propre de l&#8217;id\u00e9e musicale est d&#8217;\u00eatre synth\u00e9tique, \u00e0 l&#8217;instar du symbole, dans une simultan\u00e9it\u00e9 temporelle que le texte ignore :<\/span> par sa seule apparition elle illustre instantan\u00e9ment, sinon tout le po\u00e8me, du moins l&#8217;enjeu de toute une section. Dans le cadre ici confi\u00e9 au trio instrumental piano-violon-violoncelle se d\u00e9ploie l&#8217;\u00e9coulement prosodique incarn\u00e9 par une ligne vocale en devenir, cette m\u00e9lodie symbolisant la personne tout enti\u00e8re pr\u00e9sente \u00e0 elle-m\u00eame \u00e0 chaque instant, telle une destin\u00e9e singuli\u00e8re au sein d&#8217;un cosmos reconstitu\u00e9. C&#8217;est l\u00e0 tout le prix du travail du musicien, du moins  \u00e0 ses propres yeux : non seulement \u2015 tel le bernard l&#8217;ermite \u2015 investir la conque qui le fait exister, mais recr\u00e9er tout un oc\u00e9an autour d&#8217;elle.<\/p>\n<p>On voit donc, au-del\u00e0 du ph\u00e9nom\u00e8ne d&#8217;efflorescence dont j&#8217;ai parl\u00e9, que la musique ne se limite pas \u00e0 enrouler le texte telle une plante grimpante, mais qu&#8217;elle pose par sa seule pr\u00e9sence la double n\u00e9cessit\u00e9 de sa forme propre dans le respect de la forme du po\u00e8me \u2015 sinon elle n&#8217;est que parasite. Tout ce qui vient d&#8217;\u00eatre dit agite depuis les origines la question de l&#8217;op\u00e9ra en tant que genre ; avec certes des chefs-d&#8217;\u0153uvre, mais pas de r\u00e9ponse parfaite.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<p>C&#8217;est dire qu&#8217;avant m\u00eame d&#8217;entrer dans la composition, le choix et l&#8217;ordre des cinq extraits r\u00e9pondaient \u00e0 une exigence de structure, et ont r\u00e9sult\u00e9 d&#8217;<strong>affinit\u00e9s<\/strong>, d&#8217;<strong>\u00e9quilibres<\/strong> et de <strong>r\u00e9currences<\/strong> entrevues sur diff\u00e9rents plans :<\/p>\n<ol style=\"list-style-type: decimal; list-style-position: inside;\">\n<li class=\"less-margin\">un <span style=\"text-decoration: underline;\">drame central qui se joue au c\u0153ur de chaque <em>romance<\/em><\/span>, et se d\u00e9noue \u00e0 sa mani\u00e8re propre : hallucination panique (I), sensuelle (II), d\u00e9sespoir (III), meurtre (IV) et enfin \u2015 seule apparition heureuse \u2015 le myst\u00e8re de l&#8217;Annonciation sous la forme d&#8217;un entretien enamour\u00e9 (V);<\/li>\n<li class=\"less-margin\"><span style=\"text-decoration: underline;\">la voix tant\u00f4t solitaire, tant\u00f4t dialogu\u00e9e<\/span>, mais toujours sexu\u00e9e en fonction du protagoniste ou du narrateur. L&#8217;alternance des deux chanteurs s&#8217;est impos\u00e9e de par la forme des po\u00e8mes I, III et V, tandis que les deux po\u00e8mes pairs sont \u00e0 voix seule, respectivement de femme et d&#8217;homme. Cela n&#8217;emp\u00eache pas le d\u00e9doublement possible d&#8217;une m\u00eame voix, tel le Po\u00e8te apostrophant Anto\u00f1ito El Camborio (IV) ;<\/li>\n<li class=\"less-margin\"><span style=\"text-decoration: underline;\">la vie nocturne<\/span>, non pas t\u00e9n\u00e9breuse mais remplie de phosphorescences, omnipr\u00e9sente (\u00e0 deux exceptions qui n&#8217;en sont peut-\u00eatre pas : les lueurs de l&#8217;aube dans le <em>Romance de la Pena negra<\/em>, lumi\u00e8re tout indirecte, et le plein soleil qui s\u00e9vit hors de l&#8217;ombre protectrice du couvent o\u00f9 se morfond <em>la Monja gitana<\/em>, soleil fui  \u00e0 l&#8217;instar des soleils meurtriers de ses d\u00e9lires sensuels, aussi vite r\u00e9sorb\u00e9s dans la p\u00e9nombre iris\u00e9e des persiennes jointes)<\/li>\n<\/ol>\n<p>La pr\u00e9sentation des cinq pi\u00e8ces t\u00e2chera de mettre en \u00e9vidence les ressources musicales exploit\u00e9es en mati\u00e8re d&#8217;<strong>\u00e9vocation synth\u00e9tique des atmosph\u00e8res<\/strong>, de <strong>conduite des situations<\/strong> et de <strong>r\u00e9currence des id\u00e9es musicales<\/strong>, le tout en liaison avec les besoins formels (notamment de <em>culmination<\/em> et de <em>bouclage<\/em>). <\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5>I \u2015 PRECIOSA Y EL AIRE <em>(n\u00b02)<\/em><\/h5>\n<p>La 1\u00e8re partie en quatre quatrains campe un paysage nocturne, vaste et solitaire. Il s&#8217;agit de d\u00e9terminer l&#8217;espace propre \u00e0 ce tableau : obscurit\u00e9, immensit\u00e9, tambourin, silence, la mer pr\u00e9sente mais invisible, la sierra lointaine, le sommeil des hommes.<\/p>\n<p>Tout ce d\u00e9but constitue un premier <em>battement<\/em> formel, comme l&#8217;atteste le retour des deux premiers vers en d\u00e9but de partie centrale \u2015 ce qui doit \u00eatre \u00e0 mon sens scrupuleusement repris musicalement car c&#8217;est ce qui conditionne le plus efficacement, en un second <em>battement<\/em>, l&#8217;irruption de l&#8217;inattendu, en l&#8217;occurrence une personnification fantastique du vent m\u00ealant \u00e9pouvante et luxure.<\/p>\n<p>A la fixit\u00e9 de la vision horrible r\u00e9pond une fuite panique, o\u00f9 rien n&#8217;offre plus de protection, la nature innocente du d\u00e9but semblant elle-m\u00eame terroris\u00e9e et impuissante.<\/p>\n<p>Seule l&#8217;humanit\u00e9 endormie apporte en une 3e partie le refuge salvateur, le d\u00e9nouement  du drame (la r\u00e9currence du motif &#8220;En los picos de la sierra\u2026&#8221; permet cet effet de <em>bouclage<\/em>) \u2015 sans cependant que la rage du vent ne s&#8217;apaise, ce que permet d&#8217;illustrer la permanence de l&#8217;agitation instrumentale au second plan, avec le paroxysme conclusif.<\/p>\n<p>On a un exemple dans cette fin des possibilit\u00e9s formelles qu&#8217;offre la musique : r\u00e9currence conclusive, et simultan\u00e9it\u00e9 de situations (le vent au-dehors et l&#8217;abri retrouv\u00e9) que le texte n&#8217;explicite que de fa\u00e7on successive.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5>II \u2015 LA MONJA GITANA <em>(n\u00b05)<\/em><\/h5>\n<p>Au caract\u00e8re de conte fantastique attribu\u00e9 \u00e0 la phobie sensuelle de la petite h\u00e9ro\u00efne de <em>Preciosa y el Aire<\/em> succ\u00e8de dans la <em>Monja Gitana<\/em> un drame tout int\u00e9rieur, une bouff\u00e9e hallucinatoire de d\u00e9sir sensuel chez cette recluse, le couvent qui l&#8217;enferme \u00e9tant lui-m\u00eame prisonnier d&#8217;une nature que j&#8217;imagine \u00e9cras\u00e9e de soleil au plus fort du jour.<\/p>\n<p>Dans cette h\u00e9b\u00e9tude de l&#8217;ennui, chaque objet d\u00e9passe la m\u00e9taphore po\u00e9tique pour devenir hallucination, graduellement, jusqu&#8217;au paroxysme : &#8220;\u00a1Oh ! que llanura empinada (\u2026) fantas\u00eda&#8221;. Puis retour laconique en guise de <em>bouclage<\/em> : &#8220;Pero sigue con sus flores&#8221;.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es musicales suivent cette structure faite de <em>battements<\/em> successifs, croissant en tension par rapport \u00e0 un \u00e9tat pratiquement inerte (\u2026et quel d\u00e9fi de devoir mettre en musique &#8220;Silencio de cal y mirto&#8221;&#8239;!).<\/p>\n<p>Mais cette immobilit\u00e9 apparente doit pouvoir \u00eatre contenue dans une entit\u00e9 m\u00e9lodique, symbole sensible d&#8217;une destin\u00e9e particuli\u00e8re : m\u00eame tr\u00e8s distendue, on doit pouvoir la retrouver \u00e0 chaque moment o\u00f9 le po\u00e8te reprend appui sur la r\u00e9alit\u00e9 : &#8220;Cinco toronjas se endulzan \/ en la cercana cocina&#8221; et &#8220;Pero sigue con sus flores&#8221;.<\/p>\n<p>Cette longue m\u00e9lodie symbolise sa condition de nonne, cependant que tous les \u00e9pisodes interm\u00e9diaires y compris la chevauch\u00e9e centrale, vains d\u00e9bordement  de sa nature de gitane, illustrent tout ce \u00e0 quoi elle a d\u00fb renoncer  : les couleurs iris\u00e9es du lustre \u00e0 pampilles, les fleurs exub\u00e9rantes de sa broderie, les oranges am\u00e8res qui confisent, \u00e9corch\u00e9es,  en suintant comme les plaies du Christ, enfin les cavaliers dans le paysage, annonciateurs d&#8217;un orgasme d\u00e9vastateur.<\/p>\n<p>Pourtant tout cela n&#8217;est rien face aux r\u00e9alit\u00e9s cach\u00e9es, qui seules subsistent, indiff\u00e9rentes, telle la lumi\u00e8re filtrant en damier tout en haut des persiennes : o\u00f9 l&#8217;on retrouve dans la derni\u00e8re page la m\u00e9lodie solitaire montant sans fin et se perdant dans l&#8217;aigu.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5>III \u2015 ROMANCE DE LA PENA NEGRA <em>(n\u00b07)<\/em><\/h5>\n<p>On quitte l&#8217;ombre diurne pour retrouver ici le creux de la nuit, peu avant l&#8217;aube. Le silence \u00e9voqu\u00e9, bien qu&#8217;aux antipodes de celui du plein soleil, est \u00e9galement inhumain. En continuit\u00e9 avec la <em>Monja gitana<\/em>, nous sommes aux prises avec un drame tout int\u00e9rieur, o\u00f9 la solitude d\u00e9vore jusqu&#8217;au nom de l&#8217;h\u00e9ro\u00efne, Soledad Montoya. Son portrait fait appara\u00eetre un \u00e9l\u00e9ment m\u00e9lodique plus accabl\u00e9 encore que celui de la nonne (&#8220;Yunques ahumados\u2026&#8221;), dont la r\u00e9currence participera ici encore au <em>bouclage<\/em> de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Son mal est plus myst\u00e9rieux encore que les frustrations de la nonne : nous n&#8217;en saurons pas plus \u00e0 la fin sur sa peine \u2015 la <em>Pena<\/em>, un spleen gitan caract\u00e9ristique \u2015 cela malgr\u00e9 l&#8217;apostrophe que lui adresse le Po\u00e8te et l&#8217;accueil rev\u00eache qu&#8217;il re\u00e7oit.<\/p>\n<p>Cette descente du Po\u00e8te en personne aupr\u00e8s de ses personnages, nous la retrouverons dans la pi\u00e8ce suivante, <em>Muerte de Anto\u00f1ito el Camborio<\/em>, dialogue ultime avec un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, l\u00e0 aussi.<\/p>\n<p>Comme un double en n\u00e9gatif de l&#8217;exaltation sensuelle de la nonne (II), ce qui est encore une forme de continuit\u00e9, nous assistons ici \u00e0 une crise de furie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, pr\u00e9figur\u00e9e \u00e0 nouveau par la m\u00e9taphore de chevauch\u00e9e : s&#8217;abandonner \u00e0 la peine solitaire est compar\u00e9 \u00e0 un cheval emball\u00e9 qui court se noyer dans les vagues. La mise en garde tombe \u00e0 plat et la piti\u00e9 affich\u00e9e par le Po\u00e8te ach\u00e8ve de d\u00e9cha\u00eener la crise de l&#8217;incomprise.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, fille du silence nocturne initial, l&#8217;aube est arriv\u00e9e et l&#8217;aurore pointe, colorant le cours paisible et indiff\u00e9rent de la rivi\u00e8re.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5>IV \u2015 MUERTE DE ANTO\u00d1ITO EL CAMBORIO <em>(n\u00b012)<\/em><\/h5>\n<p>Seul des cinq po\u00e8mes \u00e0 ne pas respecter l&#8217;ordre de succession dans le recueil, <em>Muerte de Anto\u00f1ito el Camborio<\/em> prend cette 4e place par n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;intercaler un solo masculin sym\u00e9trique \u00e0 celui qu&#8217; occupe \u00e0 la 2e place le solo f\u00e9minin de la <em>Monja gitana<\/em>. Et de fait, il s&#8217;agit ici pour la premi\u00e8re fois d&#8217;une histoire d&#8217;hommes : un meurtre en embuscade. Drame de l&#8217;envie, de la jalousie, du d\u00e9sir peut-\u00eatre, retourn\u00e9 en sacrifice \u00e9missaire : &#8220;Du sang, de la volupt\u00e9 et de la mort&#8221;, comme titrait Maurice Barr\u00e8s.<\/p>\n<p>La forme du po\u00e8me introduit \u00e0 nouveau en guise de pivot, comme dans la <em>Pena negra<\/em>, une apostrophe directe du Po\u00e8te \u00e0 son personnage, dans un temps suspendu, comme un ralenti cin\u00e9matographique ou un arr\u00eat sur image. Le choix musical qui s&#8217;est impos\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u2015 \u00e0 l&#8217;inverse de la <em>Monja Gitana<\/em>, qui partait de l&#8217;immobilit\u00e9 et qui y revenait \u00e0 l&#8217;issue de son d\u00e9lire \u2015 de cr\u00e9er l&#8217;immobilit\u00e9 comme espace de ce dialogue irr\u00e9el <span style=\"text-decoration: underline;\">au c\u0153ur<\/span> du drame.<\/p>\n<p>Tout le d\u00e9but sans piano installe un climat fatal et rageur, sur un rythme de marche toute d&#8217;\u00e9l\u00e9gance virile, avec les d\u00e9formations que tente de lui imprimer la lutte in\u00e9gale et les assauts des agresseurs. Les m\u00eames mots (<em>Voces de muerte sonaron cerca del Guadalquivir<\/em>) reviendront vari\u00e9s de deux fa\u00e7ons diff\u00e9rentes selon selon leur place formelle.<\/p>\n<p>L&#8217;entr\u00e9e du piano permet \u2015 disparu qu&#8217;il \u00e9tait du champ instrumental \u2015 de dramatiser d&#8217;un ressort suppl\u00e9mentaire la partie centrale, en pr\u00e9cipitant et en suspendant \u00e0 la fois, dans son \u00e9lan, les phrases successives : \u00e0 chaque fois qu&#8217;il se fige, ne laissant plus que le battement inexorable du violoncelle dans le vide, se d\u00e9ploie dans un temps suspendu le dialogue entre Anto\u00f1ito et Federico. Chacun y fait entendre sa voix propre, ce qui requiert une prouesse de la part du chanteur sur deux tessitures. Le battement se ralentit \u00e0 l&#8217;\u00e9vocation ultime de la Vierge, et le Po\u00e8te se retire dans un silence. Garc\u00eda Lorca ne nous \u00e9pargne rien de la trag\u00e9die du meurtre en direct, pr\u00e9monition bouleversante de sa propre trag\u00e9die.<\/p>\n<p>En guise de <em>bouclage<\/em>, une certaine sym\u00e9trie appara\u00eet du fait du retour de la marche, mais celle-ci est profond\u00e9ment transform\u00e9e. Tout comme l&#8217;ange <em>marchoso<\/em> (solennel et flegmatique \u00e0 la fois) s&#8217;est substitu\u00e9 au jeune homme pour lui rendre hommage, la marche passe \u00e0 trois temps, dont deux s&#8217;appuient sur un silence. La transition est toute trouv\u00e9e pour la derni\u00e8re pi\u00e8ce du cycle.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5>V \u2015 SAN GABRIEL (SEVILLA) <em>(n\u00b010)<\/em><\/h5>\n<p>Le dernier volet d&#8217;un cycle pose toujours au compositeur une double exigence formelle, manifeste dans les r\u00e9pertoires de la symphonie et de la musique de chambre : r\u00e9aliser non seulement l&#8217;\u00e9quilibre interne du processus de d\u00e9ploiement \/ culmination \/ r\u00e9int\u00e9gration et bouclage d&#8217;une part, mais aussi la fonction de bouclage ou p\u00e9roraison pour le cycle entier. C&#8217;est dire qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9nergie propre de la derni\u00e8re pi\u00e8ce se rajoute l&#8217;\u00e9nergie accumul\u00e9e des pr\u00e9c\u00e9dentes dans la gestion conclusive.<\/p>\n<p>Cette probl\u00e9matique peut ob\u00e9ir ou non \u00e0 la composition du recueil pr\u00e9vue par le po\u00e8te. Ce n&#8217;est pas le cas ici, d\u00e8s lors que l&#8217;on choisit cinq po\u00e8mes au d\u00e9triment des treize autres. Le choix que j&#8217;ai fait de <em>San Gabriel<\/em> pour conclure permettait de conjuguer un certain nombre de facteurs d&#8217;\u00e9quilibre &#8220;sym\u00e9trique&#8221; au sens conclusif :<br \/>\nune forme requ\u00e9rant le dialogue des deux voix chant\u00e9es homme-femme&#8239;;<\/p>\n<ul style=\"list-style-type: disc; list-style-position: inside;\">\n<li>un instant d&#8217;\u00e9merveillement et de gr\u00e2ce apr\u00e8s avoir travers\u00e9 l&#8217;\u00e9pouvante, le chagrin et la trag\u00e9die&#8239;;<\/li>\n<li>des r\u00e9currences d&#8217;id\u00e9es musicales \u2015 \u00e9veillant donc la m\u00e9moire \u2015 mais r\u00e9orient\u00e9es, lib\u00e9r\u00e9es de leur charge symbolique initiale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le rapport entre le c\u00e9leste et le charnel atteint dans ce po\u00e8me une subtilit\u00e9 insaisissable, o\u00f9 le merveilleux presque oriental (au sens du conte) et le myst\u00e8re de l&#8217;Incarnation sont m\u00eal\u00e9s en une profusion m\u00e9taphorique qui inverse l&#8217;ordre habituel \u2015 le r\u00e9el devenant la m\u00e9taphore du surnaturel, l&#8217;Archange et la Vierge sont <em>vrais<\/em>, et  le couple de jeunes gitans n&#8217;est qu&#8217;une image. Ce ne sont plus les cr\u00e9atures qui sont belles comme des dieux, mais les personnages divins qui sont beaux comme des cr\u00e9atures. Peut-\u00eatre que s&#8217;exprime l\u00e0 l&#8217;un des traits les plus attachants de la personnalit\u00e9 de Federico Garc\u00eda Lorca, de son esth\u00e9tique et de sa modernit\u00e9. Une fra\u00eecheur de regard, une innocence qui sanctifie spontan\u00e9ment la cr\u00e9ation, au fond un christianisme po\u00e9tique bien moins h\u00e9t\u00e9rodoxe qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet\u2026 <em>&#8220;Et l&#8217;arbre de la gr\u00e2ce est racin\u00e9 profond \/ Car le surnaturel est lui-m\u00eame charnel&#8221;<\/em>. (Charles P\u00e9guy, Eve. d\u00e9cembre 1913).<\/p>\n<p>En accord avec lui-m\u00eame, son archange n&#8217;a rien d&#8217;androgyne : c&#8217;est un  gars dont la beaut\u00e9 en impose au monde, \u00e0 l&#8217;air, a la mer, \u00e0 la nuit \u00e9toil\u00e9e, aux guitares qui se mettent \u00e0 jouer toutes seules. Il m&#8217;a paru \u00e9vident de reprendre pour cet \u00e9nonc\u00e9 le rythme et le motif chant\u00e9 de la marche lasse de l&#8217;ange <em>marchoso<\/em> (solennel et flegmatique) qui \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce pr\u00e9c\u00e9dente place un coussin sous la t\u00eate d&#8217;Anto\u00f1ito massacr\u00e9. Mais cette r\u00e9currence th\u00e9matique est \u00e0 nouveau totalement redirig\u00e9e, r\u00e9orient\u00e9e. C&#8217;est la soprano qui \u00e9voque ce charme alliant flegme et fi\u00e8vre \u2015 le rythme \u00e9tant tout \u00e0 la fois contenu par le piano et agit\u00e9 du fr\u00e9missement des cordes \u2015 et une lumi\u00e8re nouvelle, quoique nocturne, proc\u00e9dant du mode majeur.<\/p>\n<p>On retrouve \u00e9galement dans cette premi\u00e8re partie consacr\u00e9e au Visiteur la course, cette fois apais\u00e9e, du cheval emball\u00e9 vers les vagues (cf. la <em>Pena negra<\/em>), l\u00e0 aussi illumin\u00e9e par l&#8217;\u00e9merveillement.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me r\u00e9currence musicale transfigur\u00e9e : la rencontre se fait sur le battement qui ouvrait une br\u00e8che dans le temps et l&#8217;espace de <em>Muerte de Anto\u00f1ito el Camborio<\/em>. Cette fois-ci il n&#8217;entrave en rien l&#8217;attendrissement qui pr\u00e9c\u00e8de la <em>saeta<\/em>.<\/p>\n<p>Le dialogue de l&#8217;Annonciation lui-m\u00eame alterne l&#8217;effusion d&#8217;all\u00e9gresse mystique et sensuelle d&#8217;Anunciaci\u00f3n (toujours cette particularit\u00e9 gracieuse de l&#8217;onomastique espagnole de donner un attribut de la Vierge Marie comme pr\u00e9nom : comme <em>Soledad<\/em> Montoya dans la <em>Pena negra<\/em>, on a ici <em>Anunciaci\u00f3n<\/em> de los Reyes), sur le mode d&#8217;une saeta, aux annonces hi\u00e9ratiques de l&#8217;archange, qui \u00e0 chaque reprise se fondent davantage dans l&#8217;ind\u00e9termination sibylline du myst\u00e8re proph\u00e9tique :<\/p>\n<ul style=\"list-style-type: disc; list-style-position: inside;\">\n<li><em>Tendr\u00e1s un ni\u00f1o m\u00e1s bello \/ que los tallos de la brisa.<\/em><\/li>\n<li class=\"less-margin\"><em>Tu ni\u00f1o tendr\u00e1 en el pecho \/ un lunar y tres heridas.<\/em><\/li>\n<li class=\"less-margin\"><em>\u00c1ridos lucen tus ojos, \/ paisajes de caballista.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>A ces derniers mots appara\u00eet pour la troisi\u00e8me fois le motif de la cavalcade du cheval emball\u00e9, cette fois pris au piano en fond sonore,  compl\u00e8tement apais\u00e9 et d\u00e9barrass\u00e9 de son destin fatal : tandis que les paroles de l&#8217;archange r\u00e9sonnent \u00e0 l&#8217;esprit de Anunciaci\u00f3n et que l&#8217;enfant fait plus que tressaillir dans son sein (<em>&#8220;El ni\u00f1o<\/em> canta <em>en el seno de Anunciaci\u00f3n sorprendida&#8221;<\/em>), les cordes font s&#8217;\u00e9lever de fa\u00e7on \u00e0 peine perceptible le Veni Creator gr\u00e9gorien.<\/p>\n<p>La fin de l&#8217;apparition approche, l&#8217;air se rar\u00e9fie tandis que l&#8217;archange remonte au ciel par une \u00e9chelle, comme dans une ic\u00f4ne byzantine. Les \u00e9toiles, liserons ouverts \u00e0 son arriv\u00e9e, se sont fig\u00e9es en immortelles. Seul subsiste l&#8217;\u00e9cho de la marche de l&#8217;ange.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<p>C&#8217;est vainement que l&#8217;on chercherait \u00e0 imaginer la musique que Garc\u00eda Lorca \u2015 qui \u00e9tait musicien avant de se r\u00e9v\u00e9ler \u00e9crivain \u2015 aurait r\u00e9alis\u00e9e sur le <em>Romancero gitan<\/em>. S&#8217;il ne l&#8217;a pas fait, c&#8217;est certainement qu&#8217;il n&#8217;en sentait pas la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Quelle musique en revanche aurait-il tol\u00e9r\u00e9e de la part des autres ? la question est tout aussi vaine mais plus inconfortable\u2026 Qu&#8217;il me soit n\u00e9anmoins permis de penser, en musicien qu&#8217;il \u00e9tait, que ses \u00e9lans et  ses id\u00e9es po\u00e9tiques passaient int\u00e9rieurement par un stade plus ou moins musical avant de prendre forme litt\u00e9raire. Cela me l&#8217;aura rendu sp\u00e9cialement proche dans cette aventure.<\/p>\n<p class=\"bc_player\"><iframe style=\"border: 0; width: 100%; height: 120px;\" src=\"https:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/track=4132130680\/size=large\/bgcol=ffffff\/linkcol=0687f5\/tracklist=false\/artwork=none\/transparent=true\/\" seamless><a href=\"http:\/\/jean-dominiquekrynencompositeur.bandcamp.com\/track\/cinq-po-mes-du-romancero-gitan-de-federico-garc-a-lorca-pour-soprano-baryton-et-trio-avec-piano-1-preciosa-y-el-aire\">Cinq po\u00e8mes du Romancero Gitan de Federico Garc\u00eda Lorca, pour soprano, baryton et trio avec piano &#8211; 1.Preciosa y el Aire by Jean-Dominique Krynen, compositeur<\/a><\/iframe><br \/>\n<iframe style=\"border: 0; width: 100%; height: 120px;\" src=\"https:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/track=3003231927\/size=large\/bgcol=ffffff\/linkcol=0687f5\/tracklist=false\/artwork=none\/transparent=true\/\" seamless><a href=\"http:\/\/jean-dominiquekrynencompositeur.bandcamp.com\/track\/cinq-po-mes-du-romancero-gitan-de-federico-garc-a-lorca-pour-soprano-baryton-et-trio-avec-piano-2-la-monja-gitana\">Cinq po\u00e8mes du Romancero Gitan de Federico Garc\u00eda Lorca, pour soprano, baryton et trio avec piano &#8211; 2.La Monja gitana by Jean-Dominique Krynen, compositeur<\/a><\/iframe><br \/>\n<iframe style=\"border: 0; width: 100%; height: 120px;\" src=\"https:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/track=1603884553\/size=large\/bgcol=ffffff\/linkcol=0687f5\/tracklist=false\/artwork=none\/transparent=true\/\" seamless><a href=\"http:\/\/jean-dominiquekrynencompositeur.bandcamp.com\/track\/cinq-po-mes-du-romancero-gitan-de-federico-garc-a-lorca-pour-soprano-baryton-et-trio-avec-piano-3-romance-de-la-pena-negra\">Cinq po\u00e8mes du Romancero Gitan de Federico Garc\u00eda Lorca, pour soprano, baryton et trio avec piano &#8211; 3.Romance de la Pena negra by Jean-Dominique Krynen, compositeur<\/a><\/iframe><br \/>\n<iframe style=\"border: 0; width: 100%; height: 120px;\" src=\"https:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/track=848110137\/size=large\/bgcol=ffffff\/linkcol=0687f5\/tracklist=false\/artwork=none\/transparent=true\/\" seamless><a href=\"http:\/\/jean-dominiquekrynencompositeur.bandcamp.com\/track\/cinq-po-mes-du-romancero-gitan-de-federico-garc-a-lorca-pour-soprano-baryton-et-trio-avec-piano-4-muerte-de-anto-ito-el-camborio\">Cinq po\u00e8mes du Romancero Gitan de Federico Garc\u00eda Lorca, pour soprano, baryton et trio avec piano &#8211; 4.Muerte de Anto\u00f1ito El Camborio by Jean-Dominique Krynen, compositeur<\/a><\/iframe><br \/>\n<iframe style=\"border: 0; width: 100%; height: 120px;\" src=\"https:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/track=2442074861\/size=large\/bgcol=ffffff\/linkcol=0687f5\/tracklist=false\/artwork=none\/transparent=true\/\" seamless><a href=\"http:\/\/jean-dominiquekrynencompositeur.bandcamp.com\/track\/cinq-po-mes-du-romancero-gitan-de-federico-garc-a-lorca-pour-soprano-baryton-et-trio-avec-piano-5-san-gabriel-sevilla\">Cinq po\u00e8mes du Romancero Gitan de Federico Garc\u00eda Lorca, pour soprano, baryton et trio avec piano &#8211; 5.San Gabriel (Sevilla) by Jean-Dominique Krynen, compositeur<\/a><\/iframe>\n<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h6>I \u2015 Preciosa y el aire<\/h6>\n<div class=\"poesie\">Su luna de pergamino<br \/>\nPreciosa tocando viene<br \/>\npor un anfibio sendero<br \/>\nde cristales y laureles.<br \/>\nEl silencio sin estrellas,<br \/>\nhuyendo del sonsonete,<br \/>\ncae donde el mar bate y canta<br \/>\nsu noche llena de peces.<br \/>\nEn los picos de la sierra<br \/>\nlos carabineros duermen<br \/>\nguardando las blancas torres<br \/>\ndonde viven los ingleses.<br \/>\nY los gitanos del agua<br \/>\nlevantan por distraerse,<br \/>\nglorietas de caracolas<br \/>\ny ramas de pino verde.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Su luna de pergamino<br \/>\nPreciosa tocando viene.<br \/>\nAl verla se ha levantado<br \/>\nel viento, que nunca duerme.<br \/>\nSan Cristobal\u00f3n desnudo,<br \/>\nlleno de lenguas celestes,<br \/>\nmira a la ni\u00f1a tocando<br \/>\nuna dulce gaita ausente.<\/p>\n<p>Ni\u00f1a, deja que levante<br \/>\ntu vestido para verte.<br \/>\nAbre en mis dedos antiguos<br \/>\nla rosa azul de tu vientre.<\/p>\n<p>Preciosa tira el pandero<br \/>\ny corre sin detenerse.<br \/>\nEl viento-hombr\u00f3n la persigue<br \/>\ncon una espada caliente.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<p>Frunce su rumor el mar.<br \/>\nLos olivos palidecen.<br \/>\nCantan las flautas de umbr\u00eda<br \/>\ny el liso gong de la nieve.<\/p>\n<p>\u00a1 Preciosa, corre, Preciosa,<br \/>\nque te coge el viento verde !<br \/>\n\u00a1 Preciosa, corre, Preciosa !<br \/>\n\u00a1 M\u00edralo por donde viene !<br \/>\nS\u00e1tiro de estrellas bajas<br \/>\ncon sus lenguas relucientes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Preciosa, llena de miedo,<br \/>\nentra en la casa que tiene,<br \/>\nm\u00e1s arriba de los pinos,<br \/>\nel c\u00f3nsul de los ingleses.<\/p>\n<p>Asustados por los gritos<br \/>\ntres carabineros vienen,<br \/>\nsus negras capas ce\u00f1idas<br \/>\ny los gorros en las sienes.<\/p>\n<p>El ingl\u00e9s da a la gitana<br \/>\nun vaso de tibia leche,<br \/>\ny una copa de ginebra<br \/>\nque Preciosa no se bebe.<\/p>\n<p>Y mientras cuenta, llorando,<br \/>\nsu aventura a aquella gente,<br \/>\nen las tejas de pizarra<br \/>\nel viento, furioso, muerde.<\/p>\n<p>Au son d&#8217;un tambourin lunaire<br \/>\nPreciosa s&#8217;avance<br \/>\npar un sentier \u00e9quivoque<br \/>\nentre miroirs et lauriers.<br \/>\nLe silence sans \u00e9toiles,<br \/>\nchass\u00e9 par le doux tapage,<br \/>\nplonge o\u00f9 la mer se brise, et chante<br \/>\nsa nuit poissonneuse.<br \/>\nSur les cr\u00eates de la montagne,<br \/>\nles carabiniers somnolent<br \/>\nen veillant les blanches villas<br \/>\no\u00f9 demeurent les Anglais.<br \/>\nEt les gitans du rivage<br \/>\ndressent, pour passer le temps,<br \/>\ndes tonnelles de coquillages<br \/>\net de rameaux de pin.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Tapotant sa lune de parchemin<br \/>\nPreciosa s&#8217;avance.<br \/>\nA sa vue, le vent s&#8217;est lev\u00e9<br \/>\nqui jamais ne reste en repos.<br \/>\nUn grand Saint Christophe tout nu,<br \/>\ncouvert de langues de feu,<br \/>\nregarde la petite en jouant<br \/>\nd&#8217;une douce musette invisible.<\/p>\n<p>Fillette, laisse-moi soulever<br \/>\nta robe, que je te voie.<br \/>\nFais s&#8217;ouvrir entre mes doigts sans \u00e2ge<br \/>\nla rose bleue de tes entrailles.<\/p>\n<p>Preciosa jette le tambourin<br \/>\net court sans s&#8217;arr\u00eater.<br \/>\nLe vent la poursuit tel un soudard<br \/>\nde son \u00e9p\u00e9e br\u00fblante.<\/p>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<p>La mer h\u00e9riss\u00e9e gronde.<br \/>\nLes oliviers bl\u00eamissent.<br \/>\nOn entend les fl\u00fbtes du versant sombre<br \/>\net le gong \u00e9tal de la neige.<\/p>\n<p>Cours, cours, Preciosa,<br \/>\nil t&#8217;attrape, le vent verd\u00e2tre !<br \/>\nCours, Preciosa, cours !<br \/>\nRegarde, le voil\u00e0 qui arrive !<br \/>\nSatyre constell\u00e9 d&#8217;\u00e9toiles infernales,<br \/>\nscintillant de toutes ses langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Preciosa, transie de peur,<br \/>\nse pr\u00e9cipite dans la maison qu&#8217;occupe,<br \/>\nau-dessus de la pin\u00e8de,<br \/>\nle consul des Anglais.<\/p>\n<p>Effray\u00e9s par les cris<br \/>\ntrois carabiniers accourent,<br \/>\nceints de leur cape noire<br \/>\net le bicorne sur les tempes.<\/p>\n<p>L&#8217;Anglais offre \u00e0 la gitane<br \/>\nune tasse de lait ti\u00e8de,<br \/>\net un verre de geni\u00e8vre<br \/>\nauquel Preciosa ne touche pas.<\/p>\n<p>Et tandis qu&#8217;en pleurant, elle raconte<br \/>\nson aventure \u00e0 ces gens-l\u00e0,<br \/>\nsur l&#8217;ardoise des toits<br \/>\nle vent, furieux, se brise les dents.\n<\/p><\/div>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h6>II \u2015 La monja gitana<\/h6>\n<div class=\"poesie\">Silencio de cal y mirto.<br \/>\nMalvas en las hierbas finas.<br \/>\nLa monja borda alhel\u00edes<br \/>\nsobre una tela pajiza.<br \/>\nVuelan en la ara\u00f1a gris,<br \/>\nsiete p\u00e1jaros del prisma.<br \/>\nLa iglesia gru\u00f1e a lo lejos<br \/>\ncomo un oso panza arriba.<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 bien borda ! \u00a1 Con qu\u00e9 gracia !<br \/>\nSobre la tela pajiza,<br \/>\nella quisiera bordar<br \/>\nflores de su fantas\u00eda.<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 girasol ! \u00a1 Qu\u00e9 magnolia<br \/>\nde lentejuelas y cintas !<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 azafranes y qu\u00e9 lunas,<br \/>\nen el mantel de la misa !<br \/>\nCinco toronjas se endulzan<br \/>\nen la cercana cocina.<br \/>\nLas cinco llagas de Cristo<br \/>\ncortadas en Almer\u00eda.<br \/>\nPor los ojos de la monja<br \/>\ngalopan dos caballistas.<br \/>\nUn rumor \u00faltimo y sordo<br \/>\nle despega la camisa,<br \/>\ny al mirar nubes y montes<br \/>\nen las yertas lejan\u00edas,<br \/>\nse quiebra su coraz\u00f3n<br \/>\nde az\u00facar y yerbaluisa.<br \/>\n\u00a1 Oh ! qu\u00e9 llanura empinada<br \/>\ncon veinte soles arriba.<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 r\u00edos puestos de pie<br \/>\nvislumbra su fantas\u00eda !<br \/>\nPero sigue con sus flores,<br \/>\nmientras que de pie, en la brisa,<br \/>\nla luz juega el ajedrez<br \/>\nalto de la celos\u00eda.<\/p>\n<p>Silence. Murs de chaux. Myrtes.<br \/>\nDes mauves parmi les herbes folles.<br \/>\nLa religieuse brode des girofl\u00e9es<br \/>\nsur une toile \u00e9crue.<br \/>\nDans la grisaille du lustre<br \/>\nvol\u00e8tent les sept oiseaux du prisme.<br \/>\nAu loin l&#8217;\u00e9glise grogne d&#8217;aise<br \/>\ncomme un ours couch\u00e9 sur le dos.<br \/>\nQu&#8217;elle brode joliment ! et quelle gr\u00e2ce !<br \/>\nElle voudrait tant faire na\u00eetre,<br \/>\nsur la toile \u00e9crue,<br \/>\nles fleurs de sa fantaisie&#8230;<br \/>\nAh ! le beau tournesol ! Et ce magnolia<br \/>\nde paillettes et de rubans !<br \/>\nEt ces crocus, et ces lunes<br \/>\npour la nappe d&#8217;autel !<br \/>\nCinq oranges am\u00e8res confisent<br \/>\ndans la cuisine toute proche ;<br \/>\nles cinq plaies du Christ,<br \/>\ntranch\u00e9es \u00e0 Almer\u00eda.<br \/>\nDans les prunelles de la s\u0153ur<br \/>\nsurgissent deux cavaliers au galop.<br \/>\nUne rumeur sourde, venue de l&#8217;horizon<br \/>\nlui soul\u00e8ve la poitrine et,<br \/>\n\u00e0 la vue des nuages et des monts<br \/>\ndans les lointains fig\u00e9s,<br \/>\nson c\u0153ur de sucre<br \/>\net de verveine se brise.<br \/>\nOh ! cette plaine dress\u00e9e<br \/>\navec ses vingt soleils, l\u00e0-haut !<br \/>\nCes rivi\u00e8res soulev\u00e9es<br \/>\nle temps d&#8217;un songe !<br \/>\nMais elle revient \u00e0 ses fleurs<br \/>\ntandis que, debout dans la brise,<br \/>\nle soleil joue aux \u00e9checs,<br \/>\ntout en haut de la jalousie.\n<\/p><\/div>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h6>III \u2015 Romance de la pena negra<\/h6>\n<div class=\"poesie\">Las piquetas de los gallos<br \/>\ncavan buscando la aurora,<br \/>\ncuando por el monte oscuro<br \/>\nbaja Soledad Montoya.<br \/>\nCobre amarillo, su carne,<br \/>\nhuele a caballo y a sombra.<br \/>\nYunques ahumados sus pechos,<br \/>\ngimen canciones redondas.<br \/>\nSoledad : \u00bf por qui\u00e9n preguntas<br \/>\nsin compa\u00f1a y a estas horas ?<br \/>\nPregunte por quien pregunte,<br \/>\ndime : \u00bf a ti qu\u00e9 se te importa ?<br \/>\nVengo a buscar lo que busco,<br \/>\nmi alegr\u00eda y mi persona.<br \/>\nSoledad de mis pesares,<br \/>\ncaballo que se desboca,<br \/>\nal fin encuentra la mar<br \/>\ny se lo tragan las olas.<br \/>\nNo me recuerdes el mar,<br \/>\nque la pena negra, brota<br \/>\nen las tierras de aceituna<br \/>\nbajo el rumor de las hojas.<br \/>\n\u00a1 Soledad, qu\u00e9 pena tienes !<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 pena tan lastimosa !<br \/>\nLloras zumo de lim\u00f3n<br \/>\nagrio de espera y de boca.<\/p>\n<p>\u00a1 Qu\u00e9 pena tan grande ! Corro<br \/>\nmi casa como una loca,<br \/>\nmis dos trenzas por el suelo,<br \/>\nde la cocina a la alcoba.<br \/>\n\u00a1 Qu\u00e9 pena ! Me estoy poniendo<br \/>\nde azabache, carne y ropa.<br \/>\n\u00a1 Ay mis camisas de hilo !<br \/>\n\u00a1 Ay mis muslos de amapola !<br \/>\nSoledad : lava tu cuerpo<br \/>\ncon agua de las alondras,<br \/>\ny deja tu coraz\u00f3n<br \/>\nen paz, Soledad Montoya. <\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Por abajo canta el r\u00edo :<br \/>\nvolante de cielo y hojas.<br \/>\nCon flores de calabaza,<br \/>\nla nueva luz se corona.<br \/>\n\u00a1 Oh pena de los gitanos !<br \/>\nPena limpia y siempre sola.<br \/>\n\u00a1 Oh pena de cauce oculto<br \/>\ny madrugada remota !<\/p>\n<p>Les coqs piquent et creusent une br\u00e8che<br \/>\n\u00e0 la recherche de l&#8217;aurore,<br \/>\nlorsque de la montagne sombre<br \/>\ndescend Soledad Montoya.<br \/>\nSa chair de cuivre jaune<br \/>\nsent le cheval et l&#8217;ombre.<br \/>\nSes seins, deux enclumes brunies au feu<br \/>\ng\u00e9missent de chansons toutes rondes.<br \/>\n\u2015 Soledad, qui cherches-tu,<br \/>\ntoute seule, et \u00e0 cette heure ?<br \/>\n\u2015 Celui-l\u00e0 ou un autre, dis :<br \/>\nqu&#8217;est-ce que \u00e7a peut bien te faire ?<br \/>\nJe cherche ce qui me pla\u00eet :<br \/>\nma joie, ma personne.<br \/>\n\u2015 Soledad, \u00f4 mon chagrin,<br \/>\nmalheur au cheval qui s&#8217;emballe :<br \/>\nc&#8217;est \u00e0 la mer qu&#8217;il finit<br \/>\net les vagues l&#8217;engloutissent.<br \/>\n\u2015 Ne me parle pas de mer :<br \/>\nc&#8217;est au pays des oliviers<br \/>\nque jaillit la peine noire,<br \/>\nsous le murmure des feuilles.<br \/>\n\u2015 Soledad, que de peine !<br \/>\net comme elle me navre !<br \/>\nTu pleures des larmes de citron,<br \/>\nam\u00e8res d&#8217;attente et de soif. <\/p>\n<p>\u2015 Qu&#8217;elle est grande, ma peine !<br \/>\nJe tourne chez moi comme une folle,<br \/>\nmes tresses battent le sol<br \/>\nde la cuisine jusqu&#8217;\u00e0 ma couche.<br \/>\nOh ! ma chair et ma robe<br \/>\nen sont noires comme le jais.<br \/>\nH\u00e9las ! mes chemises de fil !<br \/>\nH\u00e9las ! mes cuisses de pavot !<br \/>\n\u2015 Soledad, lave-toi<br \/>\ndans le bain des alouettes<br \/>\net puis laisse reposer<br \/>\nton c\u0153ur, Soledad Montoya.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Vers le bas chante la rivi\u00e8re,<br \/>\nvolant d\u00e9ploy\u00e9 de ciel et de feuilles.<br \/>\nDe fleurs de coloquinte<br \/>\nle nouveau jour se couronne.<br \/>\n\u00d4 peine des gitans !<br \/>\nPeine limpide, \u00e0 jamais solitaire.<br \/>\n\u00d4 peine qui dissimules ton cours<br \/>\net dont l&#8217;aurore tarde, sans fin !\n<\/p><\/div>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h6>IV \u2015 Muerte de Anto\u00f1ito el Camborio<\/h6>\n<div class=\"poesie\">Voces de muerte sonaron<br \/>\ncerca del Guadalquivir.<br \/>\nVoces antiguas que cercan<br \/>\nvoz de clavel varonil.<br \/>\nLes clav\u00f3 sobre las botas<br \/>\nmordiscos de jabal\u00ed.<br \/>\nEn la lucha daba saltos<br \/>\njabonados de delf\u00edn.<br \/>\nBa\u00f1\u00f3 con sangre enemiga<br \/>\nsu corbata carmes\u00ed,<br \/>\npero eran cuatro pu\u00f1ales<br \/>\ny tuvo que sucumbir.<br \/>\nCuando las estrellas clavan<br \/>\nrejones al agua gris,<br \/>\ncuando los erales sue\u00f1an<br \/>\nver\u00f3nicas de alhel\u00ed,<br \/>\nvoces de muerte sonaron<br \/>\ncerca del Guadalquivir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>Antonio Torres Heredia,<br \/>\nCamborio de dura crin,<br \/>\nmoreno de verde luna,<br \/>\nvoz de clavel varonil :<br \/>\n\u00bf Qui\u00e9n te ha quitado la vida<br \/>\ncerca del Guadalquivir ?<br \/>\nMis cuatro primos Heredias<br \/>\nhijos de Benamej\u00ed.<br \/>\nLo que en otros no envidiaban,<br \/>\nya lo envidiaban en m\u00ed.<br \/>\nZapatos color corinto,<br \/>\nmedallones de marfil,<br \/>\ny este cutis amasado<br \/>\ncon aceituna y jazm\u00edn.<br \/>\n\u00a1 Ay Anto\u00f1ito el Camborio,<br \/>\ndigno de una Emperatriz !<br \/>\nAcu\u00e9rdate de la Virgen<br \/>\nporque te vas a morir.<br \/>\n\u00a1 Ay Federico Garc\u00eda,<br \/>\nllama a la Guardia Civil !<br \/>\nYa mi talle se ha quebrado<br \/>\ncomo ca\u00f1a de ma\u00edz.<\/p>\n<p>Tres golpes de sangre tuvo<br \/>\ny se muri\u00f3 de perfil.<br \/>\nViva moneda que nunca<br \/>\nse volver\u00e1 a repetir.<br \/>\nUn \u00e1ngel marchoso pone<br \/>\nsu cabeza en un coj\u00edn.<br \/>\nOtros de rubor cansado,<br \/>\nencendieron un candil.<br \/>\nY cuando los cuatro primos<br \/>\nllegan a Benamej\u00ed,<br \/>\nvoces de muerte cesaron<br \/>\ncerca del Guadalquivir.<\/p>\n<p>Des cris de mort ont retenti<br \/>\npr\u00e8s du Guadalquivir.<br \/>\nClameurs du fond des \u00e2ges<br \/>\n\u00e0 l&#8217;assaut d&#8217;une voix d&#8217;\u0153illet m\u00e2le.<br \/>\nIl leur a plant\u00e9 dans les bottes<br \/>\nses crocs de sanglier,<br \/>\npuis jaillissait de la m\u00eal\u00e9e<br \/>\ncomme un dauphin ruisselant.<br \/>\nDans le sang ennemi<br \/>\nil a tremp\u00e9 son foulard cramoisi,<br \/>\nmais seul contre quatre poignards<br \/>\nil fallait qu&#8217;il succombe.<br \/>\nA l&#8217;heure o\u00f9 les \u00e9toiles criblent<br \/>\nde leurs lances la surface de l&#8217;eau grise,<br \/>\no\u00f9 les taurillons endormis r\u00eavent<br \/>\nqu&#8217;ils fondent sur des capes de girofl\u00e9e,<br \/>\ndes cris de mort ont retenti<br \/>\npr\u00e8s du Guadalquivir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>\u2015 Antonio Torres Heredia,<br \/>\nCamborio au poil dru,<br \/>\nh\u00e2l\u00e9 par la lune verte,<br \/>\navec ta voix d&#8217;\u0153illet m\u00e2le,<br \/>\nqui t&#8217;a \u00f4t\u00e9 la vie<br \/>\npr\u00e8s du Guadalquivir ?<br \/>\n\u2015 Ce sont mes quatre cousins Heredia,<br \/>\nnatifs de Benamej\u00ed.<br \/>\nCe qu&#8217;ils m\u00e9prisaient chez les autres,<br \/>\nchez moi ils le jalousaient :<br \/>\nmes souliers couleur muscat,<br \/>\nmes m\u00e9daillons d&#8217;ivoire<br \/>\net la peau de mon visage<br \/>\nmass\u00e9e d&#8217;olive et de jasmin.<br \/>\n\u2015 Helas ! Anto\u00f1ito el Camborio,<br \/>\ntoi qui \u00e9tais digne d&#8217;une imp\u00e9ratrice !<br \/>\ntourne-toi vers la Vierge,<br \/>\ncar tu vas p\u00e9rir.<br \/>\n\u2015 Ah ! Federico Garc\u00eda,<br \/>\ncours chercher les gendarmes !<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 mes reins sont bris\u00e9s<br \/>\ncomme une tige de ma\u00efs.<\/p>\n<p>Trois fois il vomit son sang<br \/>\navant de mourir de profil,<br \/>\nvivante m\u00e9daille, comme<br \/>\njamais l&#8217;on n&#8217;en verra plus.<br \/>\nUn ange au pas chaloup\u00e9<br \/>\npose un coussin sous sa t\u00eate.<br \/>\nD&#8217;autres, accabl\u00e9s de honte<br \/>\nallument une veilleuse.<br \/>\nEt lorsque les quatre cousins<br \/>\narrivent \u00e0 Benamej\u00ed,<br \/>\nles cris de mort ont cess\u00e9<br \/>\npr\u00e8s du Guadalquivir.\n<\/p><\/div>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h6>V \u2015 San Gabriel (Sevilla)<\/h6>\n<h5 style=\"text-align: center\">I<\/h5>\n<div class=\"poesie\">Un bello ni\u00f1o de junco,<br \/>\nanchos hombros, fino talle,<br \/>\npiel de nocturna manzana,<br \/>\nboca triste y ojos grandes,<br \/>\nnervio de plata caliente,<br \/>\nronda la desierta calle.<br \/>\nSus zapatos de charol<br \/>\nrompen las dalias del aire,<br \/>\ncon los dos ritmos que cantan<br \/>\nbreves lutos celestiales.<br \/>\nEn la ribera del mar<br \/>\nno hay palma que se le iguale,<br \/>\nni emperador coronado<br \/>\nni lucero caminante.<br \/>\nCuando la cabeza inclina<br \/>\nsobre su pecho de jaspe,<br \/>\nla noche busca llanuras<br \/>\nporque quiere arrodillarse.<br \/>\nLas guitarras suenan solas<br \/>\npara San Gabriel Arc\u00e1ngel,<br \/>\ndomador de palomillas<br \/>\ny enemigo de los sauces.<br \/>\nSan Gabriel : El ni\u00f1o llora<br \/>\nen el vientre de su madre.<br \/>\nNo olvides que los gitanos<br \/>\nte regalaron el traje.<\/p>\n<p>Un beau gar\u00e7on \u00e9lanc\u00e9 comme un jonc,<br \/>\nlarge d&#8217;\u00e9paules, hanches \u00e9troites,<br \/>\nla peau plus douce qu&#8217;une pomme la nuit,<br \/>\nune bouche triste, de grands yeux,<br \/>\nvif comme l&#8217;argent en fusion,<br \/>\narpente la rue d\u00e9serte.<br \/>\nSes souliers vernis<br \/>\npi\u00e9tinent \u00e0 deux temps les dahlias<br \/>\ndans le vent, et chaque pas<br \/>\nen emporte au ciel le deuil fugace.<br \/>\nSur le rivage marin<br \/>\npas un palmier ne l&#8217;\u00e9gale,<br \/>\nni d&#8217;empereur en majest\u00e9,<br \/>\nni aucun astre dans sa course.<br \/>\nQuand il incline la t\u00eate<br \/>\nsur son torse de jaspe,<br \/>\nla nuit \u00e9perdue se jette<br \/>\n\u00e0 genoux sur les plaines.<br \/>\nLes guitares se mettent \u00e0 jouer<br \/>\nseules pour saint Gabriel Archange,<br \/>\ndresseur de colombes<br \/>\net ennemi des saules.<br \/>\n\u2015 Saint Gabriel, \u00e9coute ! l&#8217;enfant pleure<br \/>\ndans le ventre de sa m\u00e8re.<br \/>\nN&#8217;oublie pas les gitans<br \/>\nqui t&#8217;ont offert le costume.\n<\/p><\/div>\n<div class=\"spacer-div\"><\/div>\n<h5 style=\"text-align: center\">II<\/h5>\n<div class=\"poesie\">Anunciaci\u00f3n de los Reyes,<br \/>\nbien lunada y mal vestida,<br \/>\nabre la puerta al lucero<br \/>\nque por la calle ven\u00eda.<br \/>\nEl Arc\u00e1ngel San Gabriel,<br \/>\nentre azucena y sonrisa,<br \/>\nbiznieto de la Giralda,<br \/>\nse acercaba de visita.<br \/>\nEn su chaleco bordado<br \/>\ngrillos ocultos palpitan.<br \/>\nLas estrellas de la noche<br \/>\nse volvieron campanillas.<\/p>\n<p>San Gabriel : aqu\u00ed me tienes<br \/>\ncon tres clavos de alegr\u00eda.<br \/>\nTu fulgor abre jazmines<br \/>\nsobre mi cara encendida.<\/p>\n<p>Dios te salve, Anunciaci\u00f3n.<br \/>\nMorena de maravilla.<br \/>\nTendr\u00e1s un ni\u00f1o m\u00e1s bello<br \/>\nque los tallos de la brisa.<\/p>\n<p>\u00a1 Ay San Gabriel de mis ojos !<br \/>\n\u00a1 Gabrielillo de mi vida !,<br \/>\npara sentarte yo sue\u00f1o<br \/>\nun sill\u00f3n de clavellinas.<\/p>\n<p>Dios te salve, Anunciaci\u00f3n,<br \/>\nbien lunada y mal vestida.<br \/>\nTu ni\u00f1o tendr\u00e1 en el pecho<br \/>\nun lunar y tres heridas.<\/p>\n<p>\u00a1 Ay San Gabriel que reluces !<br \/>\n\u00a1 Gabrielillo de mi vida !<br \/>\nEn el fondo de mis pechos<br \/>\nya nace la leche tibia.<\/p>\n<p>Dios te salve, Anunciaci\u00f3n.<br \/>\nMadre de cien dinast\u00edas.<br \/>\n\u00c1ridos lucen tus ojos,<br \/>\npaisajes de caballistas.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>El ni\u00f1o canta en el seno<br \/>\nde Anunciaci\u00f3n sorprendida.<br \/>\nTres balas de almendra verde<br \/>\ntiemblan en su vocecita.<\/p>\n<p>Ya San Gabriel en el aire<br \/>\npor una escala sub\u00eda.<br \/>\nLas estrellas de la noche<br \/>\nse volvieron siemprevivas.<\/p>\n<p>Anunciaci\u00f3n de los Reyes,<br \/>\nsi gracieuse et si mal v\u00eatue,<br \/>\nouvre sa porte \u00e0 l&#8217;astre de lumi\u00e8re<br \/>\nqui dans la rue s&#8217;avance.<br \/>\nC&#8217;est l&#8217;archange saint Gabriel,<br \/>\nmi-lys, mi-sourire,<br \/>\narri\u00e8re-petit-fils de la Giralda,<br \/>\nqui vient en visite.<br \/>\nSur son gilet brod\u00e9<br \/>\ndes grillons cach\u00e9s palpitent.<br \/>\nLiserons nocturnes,<br \/>\nles \u00e9toiles s&#8217;entrouvrent.<\/p>\n<p>\u2015 Saint Gabriel, me voici<br \/>\ntrois fois transperc\u00e9e d&#8217;all\u00e9gresse.<br \/>\nTon \u00e9clat fait s&#8217;ouvrir les jasmins<br \/>\nsur mon visage embras\u00e9.<\/p>\n<p>\u2015 Dieu te b\u00e9nisse, Anunciaci\u00f3n,<br \/>\nadorable brunette.<br \/>\nTu auras un enfant plus beau<br \/>\nque les bourgeons dans la brise.<\/p>\n<p>\u2015 Ah ! saint Gabriel, prunelle de mes yeux !<br \/>\nMon petit Gabriel ch\u00e9ri !<br \/>\nJe voudrais tant t&#8217;asseoir<br \/>\nsur un tr\u00f4ne d&#8217;\u0153illets de po\u00e8te !<\/p>\n<p>\u2015 Dieu te b\u00e9nisse, Anunciaci\u00f3n,<br \/>\nsi gracieuse et si mal v\u00eatue.<br \/>\nTon enfant aura sur la poitrine<br \/>\nun grain de beaut\u00e9 et trois blessures.<\/p>\n<p>\u2015 Ah ! saint Gabriel, comme tu brilles !<br \/>\nMon petit Gabriel ch\u00e9ri !<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 au fond de mes seins<br \/>\nje sens na\u00eetre le lait ti\u00e8de.<\/p>\n<p>\u2015 Dieu te b\u00e9nisse, Anunciaci\u00f3n,<br \/>\nm\u00e8re de cent dynasties.<br \/>\nDans tes yeux arides luisent<br \/>\ndes paysages de chevauch\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">*<\/p>\n<p>L&#8217;enfant se met \u00e0 chanter dans le sein<br \/>\nd&#8217;Anunciaci\u00f3n, surprise.<br \/>\nTrois drag\u00e9es d&#8217;amande verte<br \/>\ntremblotent dans sa petite voix.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 saint Gabriel par une \u00e9chelle<br \/>\nremonte dans les airs.<br \/>\nImmortelles nocturnes,<br \/>\nles \u00e9toiles se referment.\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1993 CINQ PO\u00c8MES du ROMANCERO GITAN de Federico Garc\u00eda Lorca 47\u2019 pour soprano, baryton et trio piano-violon-violoncelle (en langue espagnole) Preciosa y el aire La monja gitana Romance de la pena negra Muerte de Anto\u00f1ito El Camborio San Gabriel (Sevilla)<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":5,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/392"}],"collection":[{"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=392"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/392\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":510,"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/392\/revisions\/510"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/5"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jdkrynen.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}